Avertissement : les informations suivantes sont principalement destinées aux patients et leurs familles.

Qu’est ce que la PPEDLX ?

La protoporphyrie érythropoïétique dominante liée au chromosome X est une porphyrie hériditaire rare, identifiée pour la première fois en 2008. Elle est une variante de la PPE et présente exactement les mêmes signes cliniques.

Quelle est l’origine de la PPEDLX ?

La PPEDLX est dûe à une suractivité d’une enzyme nommée acide δ-aminolévulinique synthase ou ALAS2 dont le gène est situé sur le chromosome X. L’ALAS2 intervient dans la première étape de la synthèse de l’hème qui consite à la production de l’acide δ-aminoluvénique à partir de deux composés chimiques : la glycine et le succinyl-CoA. La suractivité de l’ALAS2 conduit à une surproduction des précurseurs de l’hème et des différents produits intermédiaires. La ferrochélatase, enzyme intervenant dans la dernière étape de la synthèse de l’hème, consistant en l’incorporation de fer dans la protoporphyrine IX, ne peut pas utiliser la totalité de protoporphyrines produites, ce qui conduit à leur accumulation. On se retrouve alors dans le même cas que la protoporphyrie érythropoïétique.


Représentation de la production d’hème dans le cas de la PPEDLX : les premières molécules sont produites en grande quantité et seule la dernière enzyme, la ferrochélatase, n’arrive pas à suivre le rythme. On se retrouve alors comme dans le cas de la PPE avec une accumulation de protoporphyrines.

Lorsque la protoporphyrine passe dans la peau, elle peut absorber l’énergie de la lumière ce qui déclenche une réaction chimique susceptible d’endommager légèrement les tissus avoisinants. Les terminaisons nerveuses dans la peau l’interprètent comme une sensation de brûlure ou de démangeaison. Si les vaisseaux sanguins sont touchés ils peuvent devenir légèrement perméables et engendrer un gonflement. La lumière que la protoporphyrine absorbe et celle qui est à l’origine des coups de soleil sont différentes. Les coups de soleil sont dus à des longueurs d’ondes plus courtes de la lumière ultraviolette (les UVB) mais dans le cas de la PPEDLX, la peau est plus sensible à des longueurs d’ondes plus longues (les UVA) et à la lumière visible. La lumière avec des longueurs d’ondes qui sont à l’origine des réactions cutanées dans la PPEDLX, contrairement à ceux qui créent les coups de soleil, peut traverser les vitres en verre.

Comment la PPEDLX se transmet-elle ?

Le gène ALAS2 est porté par les chromosomes X. Le chromosome X est un chromosome sexuel, c’est à dire qu’il définit le sexe de l’individu : les femmes possèdent deux chromosomes X, les hommes un chromosome X et un chromosome Y. Deux cas sont posssibles : dans le cas d’une femme, il existe deux exemplaires du gène ALAS2, porté par chaque chromosome X et transmis respectivement par chaque parent. Dans le cas des hommes, il n’y a qu’un exemplaire, transmis par la mère obligatoirement. Si le père est malade, les filles le seront obligatoirement, les fils n’auront aucun risque. Si la mère est malade, les enfants, quelque soit le sexe, auront un risque de 1/2.


Mode de transmission de la PPEDLX : cas 1, le père possède la mutation.

Mode de transmission de la PPEDLX : cas 2, la mère possède la mutation.

Quels sont les symptômes de la PPEDLX ?

Exactement les mêmes que la PPE. La lumière lors d’une exposition solaire conduit à des sensations de picotements, démangeaison ou brûlure de la peau qui peuvent être associées à des rougeurs et des gonflements. Ces signes apparaissent quelques minutes après une exposition solaire directe et peuvent souvent persister quelques heures à quelques jours avant de disparaître complètement. Pendant ce temps la peau est souvent plus sensible aux températures extrêmes. La lumière à l’origine de ces signes n’est pas nécessairement une lumière directe, une lumière réfléchie par l’eau, la neige, le sable, à travers une vitre en verre y compris les pare brises des voitures peut aussi conduire à l’apparition de ces symptômes. La PPEDLX apparaît en général dans l’enfance. Les nourrissons souvent crient ou pleurent lorsqu’ils sont exposés à la lumière du soleil et les enfants plus âgés se plaignent de sensations de brûlures. Essayez d’agiter les mains dans l’air ou de mettre les mains sous l’eau froide pour soulager la douleur. Dans quelques rares cas les personnes atteintes de PPEDLX peuvent aussi développer des atteintes hépatiques.
Elle est similaire à la PPE « classique » : malgré une gêne importante il peut n’y avoir aucun signe cutané visible, même si la peau chez certaines personnes peut présenter des rougeurs et des gonflements. Avec le temps et une exposition solaire répétée certaines personnes développent un épaississement de la peau au niveau des articulations des doigts et des petites cicatrices au niveau des joues, du nez, et du dos des mains. Il y a toutefois une grande variabilité des signes cutanés entre les individus.

Comment la PPEDLX est-elle diagnostiquée ?

Le diagnostic est habituellement suspecté suite à la description de l’histoire du patient au médecin et peut être confirmé par une analyse du sang. L’analyse mesure le taux de protoporphyrines et de protoporphyrines contenant du zinc dans le sang. Une analyse génétique est ensuite effectuée pour confirmer le diagnostic. Certains médecins demanderont aussi un échantillon de selles pour mesurer le taux de protoporphyrine. Une analyse des urines n’est pas pertinente dans ce cas sauf pour exclure d’autres types de porphyries.
Même s’il est peu probable que vous développiez comme complication une atteinte du foie, votre médecin peut en surveiller le fonctionnement par des analyses sanguines annuelles et par échographie. Si une détérioration du fonctionnement hépatique est décelée, votre médecin vous donnera des conseils spécifiques sur les traitements pour l’arrêter et la soigner. Votre médecin pourrait aussi surveiller votre taux d’hémoglobine car il est fréquent que les patients PPEDLX soient aussi légèrement anémiques (un taux bas d’hémoglobine associé à un taux faible de fer). Cependant il n’est généralement pas nécessaire de le traiter car un supplément oral de fer est le plus souvent inefficace pour corriger cette concentration plus faible d’hémoglobine. Un supplément en fer est uniquement requis pour les individus ayant un déficit en fer du à une autre cause.

Existe-t-il un traitement curatif pour la PPEDLX ?

Comme pour la PPE, il n’existe pas de méthode permettant la guérison complète de la PPEDLX. L’objectif de la plupart des traitements est de donner une protection supplémentaire à la peau contre les rayons solaires pour permettre une meilleure tolérance à la lumière du soleil. Les traitements disponibles sont :

  • β- carotène : dérivé de la substance chimique qui donne la couleur orange aux carottes, certaines personnes trouvent la prise de β-carotène bénéfique. Des capsules sont disponibles sur prescription et sont prises par voie orale. Elles donnent un teint légèrement orange à la peau. Ce médicament est considéré sans danger mais peut conduire à de légers troubles digestifs.
  • Antihistaminiques : Ces comprimés ou sirops peuvent être utiles pour les quelques personnes chez qui le gonflement de la peau est un problème important.
  • Photothérapie : L’exposition aux rayons UVB à spectre étroit et la puvathérapie sont des thérapies utilisées en dermatologie. Cela implique une exposition prudente à une lumière ultraviolette artificielle, en général trois fois par semaine pour une durée d’environ 5 semaines au printemps. Ceci permet à la peau d’épaissir légèrement et développer un bronzage qui agit comme un écran solaire naturel et qui peut améliorer la résistance à l’exposition solaire.

D’autres traitements sont en cours de développement et d’évaluation. Ils comptent parmi eux l’utilisation de la L-acetyl cysteine, de la MSH (melanotan), et la dihydroxyacetone.
Vous devriez régulièrement voir votre médecin, au moins une fois par an, pour une analyse sanguine afin de déterminer si la protoporphyrine endommage votre foie. Si c’était le cas il est important de le déceler précocement même si c’est une complication rare.

Que puis-je faire ?

Comme pour la PPE, il est judicieux d’éviter toute exposition solaire inutile. Les autres mesures préventives sont une photoprotection rigoureuse par des vêtements adaptés et l’utilisation de crèmes solaires spéciales dites « écran total ».

    • Habillement : des moyens simples comme des tissus en laine tissés de façon serré, des manches longues, l’utilisation de chapeaux à bords larges, des chaussures fermées, et des gants surtout pour conduire.
  • Les crèmes solaires : les crèmes solaires conventionnelles (qui bloquent la lumière UV) ne sont pas efficaces pour la PPEDLX où les patients présentent essentiellement une photosensibilité à la lumière UVA et visible. Des crèmes solaires à base de dioxyde de titanium ou d’oxyde de zinc sont formulées pour réfléchir à la fois les UVA UVB et une partie de la lumière visible, elles sont donc plus efficaces.
Quelques exemples de crèmes réfléchissantes disponibles sur prescription dans une pharmacie :

  • Ambre Solaire® lotion SPF 60 – RoC total Sunblock® lotion SPF 25
  • Delph® lotion SPF25 – Sunsense® Ultra SPF 60
  • Delph® lotion SPF 30 – Uvistat® cream SPF 22
  • E45 Sun® lotion SPF25 – Ultrablock® cream SPF30
  • E45 Sun® lotion SPF50

La prise de certains médicaments peut-elle aggraver la PPEDLX ?

La PPEDLX est une porphyrie érythropoïétique et est différente des porphyries hépatiques aigües où certains des médicaments peuvent aggraver l’état des patients. Elle n’est pas aggravée par la prise de ces médicaments. C’est pourquoi sauf si un médicament est contre-indiqué à un patient pour allergie où toute autre raison médicale, il n y a pas de restriction à l’utilisation de médicaments nécessaires à l’état de santé d’un patient atteint de PPEDLX.

Où puis-je trouver des informations suppplémentaires à ce sujet ?

La PPEDLX est une porphyrie extrèmement rare et découverte récemment (2008). Comme pour la PPE, la plupart des médecins en ont peu d’expérience. Néanmoins, les dermatologues suivent la plupart des patients atteints de PPEDLX et, si leur expérience est insuffisante, ils peuvent vous orienter vers le CFP.
Même s’il y a un certain nombre de sources d’informations à ce sujet dont la plupart sont sur internet, soyez vigilant car elles peuvent ne pas avoir été validées par des spécialistes des porphyries. La plupart des sites référents donnent des informations sur tous les types de porphyrie.